Jean Eugène Bersier

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Ce qu'ils ont dit ou écrit sur Jean Eugène Bersier..

Jean Alazard
(Extrait de "Jean Eugène Bersier". Editions Elzévir (1947)).

"Parmi les contemporains, Jean Eugène Bersier occupe une place à part : celle qui revient à un artiste chez lequel la culture et l'humanisme sont à la base même du talent de peintre... La force singulière de sa pensée, la finesse de sa sensibilité donnent à son inspiration et à sa technique l'élan qui imprime à ses créations une savoureuse et attachante personalité. Se passionnant comme les grands artistes de la renaissance pour les formes d'art les plus variées, il voit en tout spectacle un thème plastique : il l'étudie, il l'analyse avec une clarté de vision et une puissance constructive grâce auxquelles il rejoint les plus belles d'entre nos traditions artistiques.

En étudiant l'oeuvre de Bersier, on est d'abord frappé par son côté essentiellement pictural. Cet artiste qui raisonne sur son art et qui en parle comme le pourraient faire quelques-uns des maîtres du XIXe siècle, un Delacroix, un Ingres n'a, losqu'il est devant sa toile que des préoccupations de coloriste ou de plasticien. Nul intellectualisme n'obscurcit son horizon, et le voici qui, avec toutes les ressources de sa sensibilité etablit, pense une oeuvre, mais l'établit et la pense avant tout en peintre. Je l'ai vu trop souvent travailler pour ne pas admirer son équilibre intellectuel et sa brillante technique où se mêlent la robustesse de la structure et la finesse tonale.

La liberté dans l'exécution est un des traits dominant de son art. Placé devant le sujet qu'il traite, que ce soit un paysage, une figure ou un bouquet de fleurs, il l'aborde avec cette fraîcheur de sensation qui caractérise au suprème degré le peintre authentique. Entre le thème qu'il développe et son oeil ou son âme d'artiste, il ne s'interpose rien que cette spontanéité du coeur sans laquelle l'art n'est qu'une illusion. C'est ce qui donne tant de séduction aux notations prises sur le vif, gouaches ou dessins, qui sont les ébauches de tableaux qui eux-mêmes, reflètent le grand charme des impressions diverses."

J. Chabanon (Le Peintre, à l'occasion de l'Exposition à la Galerie Weil 1965)

"Jean Bersier tient son art en dehors des movements de la mode. Sa main et son esprit sont intacts. Son style est tout intérieur et cependant, facilement identifiable. Les apparences chez lui ne sont pas trompeuses. La touche est posée avec une grande modestie. Elle ne revêt pas la forme comme une parure mais la construit par l'intérieur" et lorsqu'elle se manifeste discrètement, c'est pour nommer mieux une valeur tactile particulière. Nous verrons quelques portraits dont celui de Edouard Goerg, peint en 1942, un nu superbement classique dans la grande tradition française, des paysages de Hollande, de l'Est et du Midi de notre pays, des natures mortes où la sensibilité, l'intelligence de Bersier se manifestent, où ses qualités de coloriste sont mises en évidence sans qu'il lui soit nécessaire d'utiliser des appels flatteurs de la couleur ; au contraire, sa gamme est sobre, retenue, les rapports de tons sont même d'une extrème finesse lorsque le caractère du motif le suggère à l'esprit."

Waldemar GEORGE

"Prononcerai-je devant ces pages radieuses les noms d'Eugène Boudin et de Jongkind ? Non pas. Bersier est un peintre original. Il voit grand. Mais il inscrit souvent des espaces infinis dans de petites surfaces. Peintre de la lumière, de l'ambiance aérienne, des plans qui fuient et créent une sensation de profondeur sans fin et sans limites, ce doux visionnaire nous apparaît plutôt comme un héritier de Claude et de Callot. Jean Bersier perçoit les plus fines valeurs atmosphériques. Sa touche est moite, légère et transparente."

André PAULIN
(Article dans la revue "TRIPTYQUE" (Juin-Juillet 1931)).

"J'ai connu Bersier autrefois à la Grande Chaumière. C'était en 1917. Il sortait des bras de J.-P. Laurens et venait travailler dans l'atelier de René Ménard, de Lucien Simon et de R.-X. Prinet. Il avait deux passions qu'il n'admettait pas qu'on discutât : Ingres et les Primitifs. Il leur est resté fidèle. Ses nombreux voyages en Italie n'ont fait que le pénétrer plus profondément encore de l'esprit classique, de l'amour du beau, du culte du vrai. Sur cette terre imprégnée d'histoire où les cyprès, arbres de mort, étendent également leur ombre sur les temples antiques et des porches romans, il a vu partout de vivants symboles. "